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Le développement: une notion confuse à l'heure du 44ème Forum Economique Mondial

Le développement est une notion complexe, souvent mal appréhendée et analysée subjectivement par les prophètes du développement. Nous avons, jusqu’à présent, choisi de suivre un mode de croissance basé sur une consommation de masse et une surexploitation de nos ressources naturelles, empruntant à excès celle de nos enfants comme aurait pu le souligner Saint-Exupéry. Ce mode de croissance a été l’origine du développement des pays du « Nord » et s’est rapidement imposé comme un modèle pour les pays dits du « Sud ».

Le développement durable est devenu une véritable préoccupation dans nos économies développées.

Des adaptations sont indispensables en vue de l’évolution de nos sociétés et de la crise énergétique à prévoir avec l’épuisement du pétrole, principal source énergétique du secteur industriel.

Depuis le Club de Rome et son article « Limits to growth » en 1972, on sait qu’une croissance exponentielle ne peut que se heurter aux limites physiques de notre monde fini, c'est-à-dire aux limites énergétiques. Cette étude a été poursuivit jusqu’à la publication de « Beyond the limit » en 1992, montrant que « la consommation excessive de ressources naturelles non renouvelables [à l’image du pétrole] conduira à un accroissement des prix à un niveau prohibitifs avant qu’un siècle ne soit écoulé ».

Cela peut se traduire simplement comme le résultat de l’équilibre de l’offre et la demande si nous cherchons à formaliser le processus en marche sur le plan international. La demande de pétrole est fortement corrélée à la croissance économique, c’est-à-dire qu’une variation de 1% du taux de croissance entraînera approximativement, d’après les études empiriques effectuées dans ce domaine, une variation de la demande de pétrole de 0.9% à court terme et de 1% à long terme.

Sachant que l’offre de pétrole a pour contrainte le stock de pétrole au niveau international, la recherche absolue de croissance mènera à une exploitation plus importante de cette ressource. Ce qui entrainera à une augmentation du prix du pétrole sur le long terme si nous nous fions à l’équilibre sur le marché. Profitant de ce phénomène, de nombreuses économies et plus particulièrement les pays de l’OPEP aidés par des monopoles naturels se sont spécialisés dans l’extraction et dans la « mise en baril » de cette matière première pour en contrôler l’offre.

Prenant en compte les conclusions du Club de Rome et de ses célèbres articles, les entreprises, jouant un rôle de plus en plus important sur la scène international, adaptent leur structure organisationnelle et stratégique pour intégrer ces nouvelles préoccupations au même titre que la rentabilité, le profit et la valeur actionnariale.

Selon Pasteur, "C'est la dose qui fait le poison"

La consommation énergétique a toujours existée, s’accroissant à partir de la première révolution industrielle et prenant une nouvelle dimension au fil du temps. Ayant une corrélation positive avec le progrès technique, la croissance économique et la croissance démographique, cette « dose » s’est vue attribuer une croissance exponentielle grâce à l’entrée sur le marché international des pays en développement, cherchant à rattraper leur retard à tout prix et tirer partie de la mondialisation qui a permise un accroissement des flux commerciaux au niveau international.

Le sommet de la Terre de Rio en 2012 a fait de la notion de développement durable le critère d’orientation et d’évaluation de l’action collective internationale en décidant de son incorporation dans les préambules, articles, traités et organisations internationales. Le développement durable suppose des arbitrages entre des objectifs variés : économique par le biais de la croissance, biologique avec un objectif environnemental et social à travers la justice et l’équité.

En ce sens, Rio est un compromis entre des préférences hétérogènes. Nous pouvons le voir comme le marqueur de ces diverses préférences et le moyen de comprendre comment leurs hétérogénéités initiales ont pu être surmontées sans constituer un obstacle à l’action collective internationale.

Nous pouvons observer initialement une divergence des préférences, entre les pays développés et les pays en développement, issue de la divergence initiale de revenu. En effet, le fait qu’il existe initialement une différence des revenus entre les pays amène inévitablement une hétérogénéité des préférences de développement.

Il nous est possible de constater que l’émergence du groupe « BASIC » (Brésil, Afrique du Sud, Inde et Chine), prenant une place de plus en plus importante sur l’échiquier international, a considérablement renforcé le poids de la « préférence pour le développement » pur et dur des pays en développement relativement à la « préférence pour l’environnement » des pays développés.

Le groupe BASIC représentait 24% en 2012 du commerce international contre 19% pour les Etats-Unis ou 19,4% pour l’Europe. S’alliant au groupe des G-77 pour augmenter son poids et contrebalancer le poids des pays développés, le groupe des BASIC a réussi à mettre ses intérêts de développement sur le devant de la scène, compromettant durablement les objectifs environnementaux du sommet de Rio. Cette mise en avant des intérêts des pays en développement peut se traduire par un « droit au développement » à l’image du développement des pays de l’OCDE.

Ainsi le sommet de Rio n’a pas su mettre en place un consensus entre un développement et un développement durable. Cela peut se représenter par un dilemme d’aversion commun, dans le sens où chacun se renvoie la balle de l’action environnemental ou du développement pour mettre en avant ses intérêts. Le problème se résume à une répartition des gains et des coûts relatifs entre les pays en développement et les pays développés, nous rappelant que la convergence de préférences est initialement conflictuelle entre les pays ayant différent niveau de développement.

La répartition des besoins énergétiques a fortement changé au cours des cinq dernières années, avec notamment le fort développement des BRIICS (BASIC, Indonésie et Russie) et plus spécifiquement de la Chine atteignant une place de premier rang sur la scène internationale.

Le développement durable: mode ou véritable opportunité pour les entreprises?

Dans ce cadre qui se veut de plus en plus complexe, l’enjeu entrepreneurial n’est plus de savoir précisément quand aura lieu le pic environnemental, amenant au déclin de la production industrielle dans les diverses économies mais plutôt comment se produira ce déclin et quelles alternatives pouvons-nous développer pour échapper à ce déclin. C’est un aspect majeur de la réflexion stratégique pour les entreprises pour pouvoir survivre à la transition énergétique.

Les enjeux sociétaux de l’activité économique sont nombreux et font l’objet de beaucoup de réflexions que ce soit dans la littérature ou dans la pratique entrepreneurial. Cependant, les besoins basiques de plus de la moitié de l’humanité n’ayant pas encore atteint une satisfaction élémentaire à l’horizon de la crise énergétique qui se présente, on est en droit de se demander si les modèles de croissance actuellement employés par de nombreux pays ne devraient pas être redéfinis et personnalisés pour répondre correctement à leurs problèmes sociétaux et économiques. Ne pouvant pas seulement dépendre du commerce international pour se développer durablement, les économies en développement doivent aussi développer sainement leur marché intérieur en cherchant à diminuer les inégalités et à favoriser les innovations.

Les économies développées et ses entreprises doivent, de ce fait, s’adapter aux nouvelles réalités du monde, dans le sens où les exigences de performance en termes de prix, de packaging, de « recyclabilité » ou d’innovation sont importantes mais doivent prendre en compte les spécificités de ces régions différentes de celles des régions les plus développées.

Les politiques des pays en développement: la solution pour le développement durable?

Loin d’un simple mimétisme, les stratégies appliquées dans ces régions en développement peuvent être une véritable source d’inspiration pour trouver une solution aux problèmes sociétaux et environnementaux. Nous pouvons observer le cas de la création des microcrédits par la GrameenBank au Bangladesh qui est une innovation financière importante et parfaitement adaptée à l’économie local permettant le développement sociétal des classes les plus pauvres. Nous pourrions aussi citer un autre exemple qui est la récente invention d’une machine à laver sans eau en Argentine, une innovation parfaitement inscrite dans un monde où l’eau commence à se faire plus rare qu’autrefois, et où le mot écologie et environnement est sur toutes les lèvres. Ces types d’innovations et d’inventions, qui peuvent s’inscrire dans la vie de tous les jours et permettre une meilleure utilisation des ressources planétaires, pourraient rapidement se transformer en un succès commercial assuré.

Et comme l’avait exposé Danton, ça sera seulement avec « de l’audace, encore de l’audace, toujours de l’audace » à l’heure du 44ème Forum Economique Mondial basé sur le thème du « remodelage du monde » que nous pourrons surmonter réellement la question du développement. Cela sera nécessaire pour trouver un véritable consensus à l’échelle international avant d’arriver à un point de non-retour qui pourrait représenter le fait que l’économie-monde rencontre les limites de l’écosystème planétaire comme l’avait démontré Fernand Braudel il y a déjà vingt ans.

Tag(s) : #Café du commerce

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