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Bilan de l’Amérique du Sud avant le Mondial de football 2014 au Brésil

Qui parle encore de l’Amérique du Sud hormis pour parler de la prochaine coupe du monde qui se déroulera en juin au Brésil ? L’Amérique du Sud est pourtant une partie du continent américain qui vit un véritable essor, connaissant une croissance annuelle moyenne de l’ordre de 3.8% au cours des dix dernières années. Le Brésil en est l’exemple le plus marquant avec une croissance qui, en un peu plus de 15 ans, a changé sa situation économique et sociale, le plaçant dans le groupe des grands pays émergeants : les BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud). Ce chemin fut celui de la majorité des pays de l’Amérique latine : le chemin du développement en réinvestissant les bénéfices de leurs économies vers l’investissement social. C’est le cas du Chili, le jaguar d’Amérique du sud, avec un développement axé sur les nouvelles technologies et l’exploitation du cuivre.

Toutefois, les perspectives actuelles ne sont pas si roses. L’Amérique du Sud aborde une situation complexe, avec des taux de croissance plus modeste en raison d’une baisse de la demande extérieure et des limites structurelles de leurs économies malgré un marché intérieur de plus de 600 millions d’habitants.

La situation, loin d’être dramatique, génère une certaine incertitude chez les gouvernements de la zone car elle pourrait conduire à un scénario de stagnation économique qui ferait dérailler ce qui a été si long à réalisé au cours des années précédentes.

Il semble, qu’après le triomphalisme de la grande remontée latino-américaine, après la grande crise connue dans le continent, les économies sud-américaines soient tombées dans une certaine forme de complaisance, se pensant à l’abri grâce à une dynamique du commerce international stable. C’est ce dernier point, cette dépendance au commerce international, qui constitue un véritable talent d’Achille à ces économies en développement. Il faut de se fait un véritable effort de la part de ces économies pour pouvoir lutter, en développant par exemple leurs capacités de production et de distribution, contre la concurrence des pays asiatiques qui se veulent toujours plus compétitifs sur la base de deux principes : une production de masse à faible coût et une forte diversification.

En clair, si aucun pays d’Amérique latine ne commence à concevoir des politiques visant à réduire leur vulnérabilité, celle-ci perdra cette bataille. Les premières économies d’Amérique latine doivent prendre conscience de la nécessité d’un changement de leurs politiques extérieures. Elles se doivent d’analyser correctement les évolutions extérieures comme c’est le cas avec le développement des nouveaux marchés asiatiques. Ou simplement, elles doivent chercher à dynamiser leur demande intérieure en rectifiant les problèmes structurels de leurs économies.

Une des plus grandes vulnérabilités des économies latino-américaines est, en effet, son excessive spécialisation aux matières premières et une faible volonté à soutenir la demande intérieure. Les économies et le développement latino-américains dépendent largement des exportations et des fluctuations des matières premières ce qui explique cette dépendance au commerce extérieur et la rétraction de la croissance en cas de crise extérieure.

L’Amérique latine a une forte interdépendance aux Etats-Unis et à sa politique monétaire. Il ne faut pas oublier qu’encore beaucoup de pays de la région sud-américaine ont leurs économies « dollarisées » comme c’est le cas de l’Uruguay utilisant encore le dollar, en complément du peso uruguayen, dans le cadre de leurs transactions courantes. Les fluctuations du dollar, sur les marchés financiers internationaux, les affectent dans une mesure plus ou moins grande.

La politique monétaire aux Etats-Unis génère, à vrai dire, une grande incertitude dans la plupart des pays d’Amérique latine, ce qui affecte la stabilité des systèmes financiers de la région comme c’est le cas en Argentine.
Un autre facteur important dans l’évolution de la croissance économique en Amérique latine est de savoir si le volume de l’investissement public restera à des niveaux précédents, ou au contraire diminuera dans certains pays comme par exemple ce fut le cas avec l’exemple de la Russie après l’organisation des J.O d’hiver de Sotchi. Certains pays ont déjà annoncés des budgets restrictifs pour se conformer à la diminution de la demande extérieure induite par l’incertitude de la politique monétaire et budgétaire des Etats-Unis et par la situation économique de la zone euro ayant comprimé leurs importations vis-à-vis des pays latino-américains.
Les pays sud-américains doivent non seulement chercher à soutenir le volume de l’investissement, mais doivent aussi renforcer l’efficacité des investissements publics, pour être en mesure de satisfaire les besoins de la population et de leur économie. Tous ces facteurs influent conjointement sur les perspectives de croissance latino-américaine.

En effet, selon le Président du Panama, Ricardo Martinelli : « L’Amérique latine est devenue un acteur important dans le monde globalisé d’aujourd’hui et son potentiel est illimité. La clé de la prospérité de la région est basée sur une croissance économique continue qui atteint la majorité de ses citoyens. Nous devons nous concentrer sur l’éducation, l’innovation et la productivité. »

Les gouvernements d'Amérique latine ne doivent pas seulement miser sur l'accroissement de la productivité, mais aussi essayer d'agir sur deux fronts importants : (1) D'abord, ils doivent essayer de réduire les niveaux de pauvreté et d'inégalité interne, ce qui est un facteur essentiel pour le progrès des pays de tous les points de vue sachant que l’Amérique latine a une demande intérieur de près de 600 millions d’habitants. (2) Et chercher à répondre autrement à la demande croissante d'une classe moyenne émergente, qui nécessite des investissements pour moderniser ces pays, du point de vue non seulement de l'infrastructure, mais aussi des politiques de protection sociale.

Certains pays sont conscients que la compétitivité et l'engagement à l'innovation sont les deux voies de la croissance à l’avenir. La diversification des économies et l’innovation technologique sont deux facteurs permettant d’accroitre la productivité dans les entreprises et l’économie en général, ce qui est essentiel pour une croissance durable et inclusive. Le Chili a parfaitement compris cela et il est en train de devenir le nouveau marché de la Californie en développant l'innovation des secteurs stratégiques, tels que celui du vin ou des nouvelles technologies.

Le déplacement de la richesse mondiale vers les pays émergents au niveau mondial influe fortement sur le développement économique de l'Amérique latine. C’est l’exemple du rôle, de plus en plus grand, joué par la Chine au niveau international. L'économie chinoise est une énorme économie qui se répand dans le monde entier, capturant les ressources énergétiques, avec une consommation interne imparable poussée par 1,3 milliard de chinois.

Un défi de l'Amérique latine pour les années à venir est de réduire les disparités économiques au sein de leurs structures sociales, qui exige une action décisive de l'État dans l’élaboration de politiques publiques qui affectent l'égalité des chances, l'éducation et les politiques de l’emploi. On peut noter à titre indicatif que le Chili, le jaguar américain, est l’un des pays les plus inégalitaires au monde selon l’indice de Gini. Cela pourra être d’un grand préjudice pour sa croissance future alors qu’une classe moyenne se constitue, dans un même temps, au Chili.

Ces politiques publiques devront être accompagnées par d'autres politiques complémentaires qui appuieront le secteur industriel, le développement des nouvelles technologies et le renforcement des capacités des travailleurs de main-d'œuvre qualifiée.

Le moyen de sortir de cette impasse pour les pays sud-américains, causée par des facteurs tels qu'une rétractation du commerce international, une forte volatilité des matières premières ou l'incertitude sur les conditions financières et monétaires au niveau mondial, est de parier sur des changements structurels des différentes économies et sociétés latino-américaines. Le bilan est lourd et il n’est pas de bon augure avant cette 20 ème coupe du monde au Brésil. Cet évènement amènera des centaines de milliers de touristes de toutes les nationalités sur tout le continent latino-américain. Cela peut être une véritable occasion et le déclic pour que les pays sud-américains comprennent que le « Changement c'est maintenant » qu'il se construit sur des bases fortes et solides.

Tag(s) : #International vision

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