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Comme souligné par Keohane [1984], l’une des conditions de la coopération internationale est la mise en place d’un ensemble de politiques partagées par un Etat et qui est interprété par ses partenaires comme un moyen de facilité leur propres objectifs. Dans le système de parité fixe mais « ajustable » de Bretton Woods, les Etats avaient choisi un régime de change fixe par rapport aux Etats-Unis qui disposaient de la dernière monnaie pouvant être converti en or : le dollar américain [Lelart, 2011]. Ce régime fixe mais « ajustable » permettait ainsi de faciliter la coordination entre les Etats, tout en leur permettant d’atteindre leurs propres intérêts macroéconomiques [Keohane, 1984].

La balance des paiements : un outil d'aide à la coopération sous Bretton Woods

La balance des paiements était un outil, dans ce contexte, permettant de guider les Etats dans leurs prises de décision afin d’ajuster les déséquilibres pouvant mener à un risque de crédit [Ruggie, 1982]. Ainsi, les différentes économies dans le système international de Bretton Woods devaient ajuster leur taux de change au taux de change du dollar américain, qui était une monnaie fixe par rapport à l’or [Ruggie, 1982]. La balance des paiements permettait aux différentes économies de s’ajuster à l’économie américaine et à l’économie américaine de s’ajuster par rapport à l’or. Cependant, parallèlement à l’obligation des différentes économies de mettre en place des politiques correctives en prenant pour référence les déséquilibres des transactions courantes, les Etats-Unis ont contribués à la fourniture de la liquidité mondiale à travers un accroissement d’un déficit de la balance des transactions courantes [Bernanke, 2005]. L’asymétrie entre, d’une part, les Etats-Unis qui ne cherchaient pas à réajuster leur déficit grandissant, à partir des années 60, de leur balance des transactions courantes et, d’autre part, le reste du monde qui devait ajuster leurs déficits vis-à-vis des Etats-Unis à remis en question la capacité de la balance des paiements à être un outil efficace afin de permettre la coopération entre les Etats. En effet, comme il est souligné dans l’analyse de Keohane [1984], la coopération internationale peut rapidement se transformer en un désordre international si les différents acteurs considèrent que l’ajustement de leurs politiques par rapport à la politique d’un autre acteur ne facilite pas leurs propres intérêts. C’est ce qui est souligné initialement en économie par Triffin en 1959 montrant que les Etats-Unis devaient ajuster leur déficit courant s’ils voulaient que le reste de monde conserve leur confiance envers le dollar américain [Triffin, 1978]. Cela a nourrit le paradoxe de Triffin qui, sur la base d’une étude empirique, a montré que malgré les déséquilibres grandissants du comptes courants américains, les autres pays continuaient à mettre en place des politiques d’ajustement en se basant sur les informations de leurs balance des paiements nationale [Triffin,1978]. Ainsi, contrairement au raisonnement initialement mis en avant par Triffin, les différentes économies ont conservé une confiance forte envers le dollar américain, malgré l’accroissement du déficit courant américain, qu’ils utilisaient comme monnaie de réserve de change, remplaçant l’or [FMI, 2010]. De ce fait, la balance des paiements pouvait être considérée comme étant un outil d’aide à la prise de décision dans un objectif de coopération pour les différentes économies qui considéraient que l’ajustement de leurs politiques de change permettait de facilité l’atteinte de leurs propres objectifs macroéconomiques. Cependant, ce résultat est à relativiser dans le sens où les Etats-Unis se sont vu inciter à abandonnant la parité-or du dollar américain et ainsi à mettre fin au régime de change fixe. Il est intéressant de rappeler que la coordination n’est pas seulement dépendante des pays trouvant leurs avantages à la coordination en s’ajustant par rapport à la politique d’un autre pays, la coordination est dépendante aussi du comportement du pays sur lequel les autres pays ajustent leurs politiques [Keohane, 1984].

La stabilité du système monétaire international peut être le résultat des Etats à concentrer leurs efforts pour maintenir leurs taux de change fixe en l’ajustant en cas de déséquilibres externes [Irwin, 2011].

La balance des paiements : un instrument de pouvoir économique depuis Bretton Woods

Dans le système monétaire international de Bretton Woods, les Etats-Unis n’ont pas cherché à réévaluer la fixité du taux de change du dollar américain par rapport à l’or malgré l’accroissement du déficit courant. L’une des explications peut être, d’après la conception de Ostry et Ghosh [FMI, 2013], le résultat des externalités positives des politiques d’ajustements des pays partenaires des Etats-Unis en rapport à la fixité à l’étalon-or du dollar américain. Parallèlement, la présence d’externalité négative va inciter l’utilisation récurrente de la politique d’ajustement de la part des pays partenaires des Etats-Unis afin d’ajuster leurs taux de change et se fournir en liquidité internationale [FMI, 2013, p.5]. L’asymétrie dans la coordination mène à un « dilemme du prisonnier »[1] entre les acteurs dans les relations internationales qui est marqué par un « équilibre désordonné [comme étant] le meilleur équilibre qu’un pays puisse avoir unilatéralement » [FMI, 2013, p.5]. En effet, la présence d’un rapport de pouvoir entre les économies pose un problème pour la prise de décision, non observé initialement dans le dilemme du prisonnier, qui est celui du rapport entre les acteurs et la mise en place du cadre du jeu. Dans le cadre de la coopération issue de la Conférence de Bretton Woods, le FMI a été mis en place afin de permettre la coordination internationale et la stabilisation d’un système de taux de change fixe au niveau international mais ajustable pour les différentes économies partenaires des Etats-Unis en cas de déséquilibres de leur balance des paiements. Comme il est mentionné dans la fiche technique du FMI concernant les quotes-parts [FMI, 2014, p.1], les quotes-parts[2] déterminent « l’influence qu’exerce un pays membre dans la décision du FMI ». En effet, les quotes-parts correspondent au nombre de voix attribué à un pays. Depuis le contexte d’après-guerre, les Etats-Unis ont « la plus forte quote-part au FMI » [FMI, 2014, p.1]. Ainsi, les Etats-Unis ont un rôle significatif dans l’élaboration des décisions et des outils d’aide à la décision du FML Dans un contexte d’après-guerre, l’élaboration de la balance des paiements peut être apparentée à une conception anglo-saxonne de la coopération privilégiant la transparence, la libéralisation des flux commerciaux et un contrôle des flux de capitaux qui avaient été en partie responsable du désordre économique de la crise de 1929 [Galbraith, 1961]. La présentation de la balance des paiements a été fondée sur une conception double : (1) mettre en avant les « flux de biens et services entre une économie nationale et le reste du monde » et (2) pouvoir évaluer les « flux de paiements financiers et d’obligations entre l’économie nationale et le reste du monde » [FMI, 1948, p.4]. Ainsi, l’aspect commercial, et des transactions courantes, prime dans la première édition du Manuel [FMI, 1948] sur l’aspect de la finance internationale, qui est inversement corrélé au premier aspect. Cette construction de base marquera la hiérarchisation des comptes généraux de la balance des paiements dans les révisions du Manuel par le FMI et dans les différentes approches de la balance des paiements.

Cependant, l’évolution du système monétaire international, depuis la fin de Bretton Woods, tend à rendre incohérent l’analyse de la balance des paiements comme un outil d’aide à la décision dans un objectif de coopération. En effet, le système monétaire international est passé d’un système de parité fixe à un système de parité flottante. Le principe de flottement est une conception de marché dans laquelle les monnaies flottantes n’ont plus besoin de s’ajuster entre elles étant donné que le taux de change entre ces monnaies est déterminé dans le marché des changes [Mishkin, 2010]. Le marché des changes est attaché au concept d’harmonie, mis en avant par Keohane [1984], qui peut décrire la convergence des préférences individuelles concernant les politiques monétaires. Comme il est souligné dans la conception d’harmonie [Keohane, 1984], la coopération n’est pas nécessaire pour permettre cette convergence étant donné que les acteurs considèrent que l’automatisme sur le marché des changes est vérifié et de facto les outils ayant contribués à cette coopération ne sont plus pertinents.

[1] Le dilemme du prisonnier est marqué par l’obtention d’un équilibre sous-optimal compte tenu de l’asymétrie d’information.

[2] Les quotes-parts « sont libellées en droits de tirage spéciaux » et sont déterminées par les « ressources financières qu’un pays doit fournir à l’institution » [FMI, 2014].

Tag(s) : #histoire économique

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