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La coopération internationale : les fondations de Bretton Woods

La volonté de coopération dans la construction de Bretton Woods est marquée dans une phrase de Morgenthau décrivant ce système comme étant « le premier pas grâce auquel les nations du monde peuvent être capable d’aider un autre dans son développement économique dans leurs avantages mutuels et pour l’enrichissement de tous » [Ghosh et alii, 2014, p. 50].

A la suite de la Seconde Guerre Mondiale : la nécessité d'un ordre international par la coopération

La doctrine dominante en science politique était, durant la période de la Guerre Froide, attachée à une conception réaliste dont laquelle les relations internationales pouvaient être décrites comme une lutte de pouvoir entre les intérêts des Etats [Walt, 1998]. L’Etat était l’acteur principal des relations internationales et était décrit, à l’image d’un individu, par « son désir inné de dominer les autres » [Walt, 1998, p.31]. Ces hypothèses expliquent la récurrence des guerres et la nécessité de mettre en place une coopération entre les Etats dans des domaines, tels que la politique ou l’économie, pouvant menaient à des instabilités dans les relations internationales [Walt, 1998].

En économie, la doctrine dominante à la suite de la Seconde Guerre Mondiale jusqu’aux années 70 est une doctrine keynésienne concentrée sur une analyse macroéconomique de l’économie internationale et dans laquelle les Etats avaient un rôle important dans la détermination des politiques économiques [Krugman, Obstfeld, Melitz, 2012]. La préoccupation en macroéconomie était de pouvoir représenter quantativement les grands agrégats constituant l’économie, ce qui explique le développement d’outils de comptabilité interne et externe au niveau international [De Vroey et Malgrange, 2007].

Ces deux doctrines expliquent l’importance de la coopération dans les relations internationales afin de préserver la paix et ainsi éviter toutes possibilités d’un retour au conflit. La coopération peut être considérée comme le résultat d’un conflit et reflète ce que Keohane [1984] nomme le « spectre du conflit », c’est-à-dire la possibilité d’un nouveau conflit. Comme on peut l’observer dans la période d’après-guerre, il y a eu une forte volonté de coopération entre les Etats et particulièrement dans le domaine de leurs politiques économiques, qui étaient considérées comme une source de conflit [Keohane, 1984].

A la suite de la conférence de Bretton Woods en 1944 est décidé de mettre en place un système monétaire international fondé sur un gold-exchange-standard à la sortie de la guerre pour permettre la coopération des politiques de change entre les différentes monnaies, politique pouvant être une source d’instabilité importante pour le maintien de la paix et de l’ordre international [Ruggie, 1982].

Une coopération asymétrique sous Bretton Woods

Le système monétaire international de Bretton Woods est marqué par la présence des Etats-Unis comme un hegemon. La présence d’un hegemon dans le système monétaire international n’est pas antithétique avec le principe de coopération, comme exposé par Keohane [1984], dans la mesure où l’hégémonie est le résultat d’une certaine asymétrie politique dans la coopération et qu’il supporte et maintien la coopération.

Ce concept est opposé à une conception d’harmonie (ou d’équilibre automatique en économie) qui est un raisonnement apolitique désignant des situations dont lesquelles les politiques des acteurs, qui poursuivent leurs intérêts sans égard pour ceux des autres, permettent automatiquement de faciliter la réalisation des objectifs des autres acteurs dans le système [Keohane, 1984]. Le concept d’harmonie est généralement attaché à un raisonnement de marché permettant aux différents acteurs présents sur le marché un ajustement automatique de leur politique.

L’introduction du concept de coopération légitime la nécessité d’introduction d’un outil macroéconomique ( la balance des paiements ) comptabilisant les interactions d’une économie avec le reste du monde afin de permettre aux Etats de légitimer la nécessité d’une politique monétaire de change en pouvant communiquer aux autres Etats leurs déséquilibres externes vis-à-vis du reste du monde.

En effet, la difficulté d’organisation de la coopération, à cause des asymétries d’informations, peut conduire au développement de relations bilatérales entre certains Etats et inciter des comportements unilatéraux pouvant conduire au « désordre » et à l’instabilité du système [Keohane, 1984].

Tag(s) : #histoire économique

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