Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Le compromis de Bretton Woods selon Rodrik (2000)

Le système international de Bretton Woods est souvent cité comme étant le système multilatéral ayant permit les Trentes Glorieuses et la reconstruction du monde après la Seconde Guerre mondiale. Rodrik (2000), en problématisant la mondialisation, a exposé le « Compromis de Bretton Woods » comme étant une des trois gouvernances possibles à l’international.

En effet, il fait l’argument, dans ses travaux, d’une certaine incompatibilité pour le décideur publique de pouvoir bénéficier des avantages de la mondialisation, de la démocratie et la gouvernance étatique simultanément. Seulement deux des trois éléments peuvent coexister, ce qui pose un problème de gouvernance pour le décideur public qui a l’obligation de choisir entre l’une des trois combinaisons possibles de gouvernance globale. Le compromis de Bretton Woods est la gouvernance permettant de répondre aux problématiques démocratiques et étatiques.

En s’interrogeant sur le Compromis de Bretton Woods comme système de gouvernance internationale, il nous est nécessaire d’examiner cet élément de la problématique de Rodrik (2000) à travers la théorie des régimes internationaux et de la Stabilité hégémonique.

Le Compromis de Bretton Woods au sens de la théorie des régimes internationaux

Le « Compromis de Bretton Woods » au sens de la théorie des régimes internationaux (TRI) est un type de gouvernance globale peu viable sur le long terme puisqu’il met en place un équilibre Pareto sous-optimal pour les acteurs qui vont chercher à coopérer. De plus, cet équilibre est instable à cause d’un risque constant de free-riding des différents acteurs cherchant à faire reposer les coûts sur un autre acteur. En effet, le problème d’interdépendance des politiques après l’ouverture et le problème de la répartition des gains et coûts entre les acteurs posent un dilemme d’action collective aux décideurs publics cherchant à coopérer.

Les acteurs ont un intérêt, sur le court terme, à coopérer et donc à entrer dans ce type de gouvernance puisque la coopération internationale permet aux Etats-Nations de profiter d’un environnement global, c'est-à-dire d’une plus grande débouchée à travers l’ouverture des marchés nationaux aux autres marchés dans le cadre de la coopération. Cette opportunité de gains, qui pousse le décideur public à abandonner les objectifs démocratiques (Rodrik, 2000) et à s’adapter à ce type de gouvernance plus libéral, peut être attribuée à une diminution des coûts de transaction (Melitz et Trefler, 2012).

Cependant, la coopération entre les Etats souverains se heurte à l’hétérodoxie des préférences, comme il est noté chez Rodrik (2000), puisque la volonté des Etats à suivre ses préférences nationales et à conserver sa souveraineté vont inciter à ne pas coopérer ou à faire endossé à une partie prenante les coûts de la coopération. Ce point pose, comme il est énoncé dans la théorie des jeux, un dilemme à la coopération à travers un jeu de type « Querelle des ménages ». Ce type de jeu va poser pour base à la coopération une relation de force entre les acteurs. En effet, pour coopérer, un des acteurs va devoir abandonner ses préférences pour s’adapter aux préférences de l’autre acteur. Cet équilibre est instable dans le sens qu’il est sujet à un risque constant de free-riding puisque même en cas de coopération les acteurs sont dans un « dilemme du prisonnier ».

Le « dilemme du prisonnier » dans ce type de gouvernance globale va pousser les acteurs à prendre des mesures ne correspondant pas forcément à leurs préférences. C’est en prenant ce critère qu’il convient de voir le « Compromis de Bretton Woods » comme une gouvernance irrationnelle au sens de la maximisation des préférences nationales. Cet équilibre est Pareto sous-optimal et instable puisque la viabilité de ce système repose, à long terme, avant tout sur une relation de force entre les acteurs. C’est avant tout une gouvernance avec des rapports bilatéraux entre un hegemon et le reste du monde.

Le Compromis de Bretton Woods au sens de la théorie de la Stabilité Hégémonique.

Le « Compromis de Bretton Woods » au sens de la théorie de la Stabilité Hégémonique (TSH) est un type de gouvernance reposant sur une asymétrie dans le système international. L’hégémon, à l’image du « Leviathan » d’Hobbes, à un rapport de domination sur la communauté internationale. La prise de décision est effectuée de manière unilatérale puisque l’hégémon a un rôle de stabilité et d‘ordre au niveau international (Perroux, 1947).

La contrepartie à l’hégémonie dans le « compromis de Bretton Woods » est que l’hégémon doit être prêt à sacrifier ses intérêts nationaux pour permettre la fourniture des biens collectifs internationaux. L’avantage de ce système international est de limiter les effets néfastes de l’intégration économique en permettant aux différents Etats sous le joug de l’hégémon de pouvoir garder sa souveraineté nationale en pouvant répondre aux objectifs démocratiques. C’est ce qui a été observé durant la période des Trentes Glorieuses dans laquelle l’objectif de plein-emploi était au centre des objectifs économiques.

La viabilité de ce type de gouvernance est fortement dépendante de la préférence de l’hégémon à suivre l’intérêt collectif international ou ses préférences nationales (Lake, 1993). Et c’est une raison pour laquelle le système monétaire de Bretton Woods n’a pas réussi à survivre à fin de l’étalon-or du dollar américain.

Tag(s) : #histoire économique

Partager cet article

Repost 0