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Le rôle des institutions dans le développement économique

Le rôle des institutions dans le développement économique est souvent mentionné pour expliquer la croissance économique et les inégalités dans le processus de développement des pays. Mais qu'est-ce qu'une institution? La littérature emprunte communément la définition des institutions de North les définissants comme « les règles du jeu ». L’analyse développée dans cet article est principalement axée autour des travaux de D.North et de D.Acemoglu. Dans une première partie (A), il convient d’expliquer la thèse de North, cadre de référence dans la Nouvelle Economie Institutionnelle, qui défini les institutions comme des variables endogènes au développement économique permettant d’expliquer les divergences de développement entre différentes économies. Dans une seconde partie (B), il est utile de s’interroger sur la thèse de Acemoglu qui s’intéresse à la qualité des institutions comme moteur du développement économique sur le long terme.

A) Les institutions : une variable endogène du développement économique

Les institutions sont des facteurs déterminants au développement économique dans le sens où elles sont considérées par la Nouvelle Economie Institutionnelle comme des variables endogènes au processus de croissance économique. C’est dans ce sens que North (1990) défini les institutions comme les « contraintes humainement conçues qui déterminent les interactions », c'est-à-dire les « règles du jeu » de la société. Il est intéressant de noter une distinction entre les « institutions » et les « organisations », deux termes généralement assimilés.

Les institutions permettent le développement économique à travers un contrôle plus ou moins « formel » des échanges et des transactions économiques entre les individus (North, 1990). Ce dernier point permet comme il est souligné par North de catégoriser les institutions en deux types : les institutions « formelles » et « informelle ». Cette distinction est autour du principe législatif des règles imposées. Les institutions « informelles » sont les règles issus des normes et valeurs d’une société qui contraignent et encadrent les activités économiques des individus. Alors que les institutions « formelles » correspondent à des règles légalement contraignantes permettant la coordination et la réalisation des activités économiques dans le cadre d’échanges complexes (North, 1990 ; Williamson 2000). Ces institutions sont mises en place à partir du moment où les institutions « informelles » ne permettent plus une contrainte efficace et d’encadrer les échanges afin d’inciter l’accumulation de richesses.

Ainsi, le développement des institutions suit, encadre et permet le développement économique. Dans sa thèse, North montre que cette évolution peut être catégorisée en trois étapes :

  1. « Les échanges locaux » ont tendances à être présent dans le cadre un marché de petite taille avec une forte densité sociale. Cette petite économie est peu développée économiquement et la forte densité sociale permet un « contrôle du voisin » (North, 1992), c’est-à-dire que les activités économiques peuvent être encadrés et contrôlés par des institutions « informelles ».
  2. « Les échanges entre villages » sont liés à des marchés de taille intermédiaire avec une densité sociale plus faible que dans le cadre d’un marché de petite taille. Les échanges se complexifient puisqu’il y a la nécessité d’une coopération accrue entre des individus ne suivant pas forcément les mêmes institutions « informelles ». C’est dans ce cadre que commence à se développer des institutions « formelles » permettant d’encadrer et contrôler les activités économiques. Il est notable que dans le cadre de ces échanges la place des institutions « informelles » est toujours importante.
  3. « Les échanges longue distance » sont des échanges d’une complexité supérieure à des « échanges entre villages » puisqu’ils s’effectuent dans des marchés de grande taille. Ces économies ne dépendent plus de la densité sociale, ni des institutions « informelles » puisque les individus effectuant les échanges peuvent être localement soumis à des institutions « informelles » très différentes. Ainsi, pour éviter les comportements de « free-riding » comme il est observable dans la théorie principale-agent, les institutions « formelles » permettent de poser des cadres stables et contraignantes à ces échanges. La place de ces institutions sont plus importantes que les institutions « informelles ».

La différence de niveau de développement économique est expliquée par la capacité d’innovation des institutions. C’est-à-dire aux évolutions et résistances des institutions à innover pour permettre de répondre et encadrer les besoins primaires et secondaires des individus (Kuznet, 1968). En ce sens, le développement économique réside dans l’élaboration d’institutions, à l’image des institutions de propriété, qui peuvent contrôler les coûts de transaction et inciter les individus à avoir une activité économique permettant de rendre possible des échanges plus complexes et le développement économique (North, 1996).

Toutefois, North ne montre pas si la qualité des institutions est déterminante pour le développement économique. C’est ce qu’il convient d’étudier dans une seconde sous-partie qui se concentre sur les travaux de Acemoglu.

B) La qualité des institutions : un moteur pour le développement économique sur le long terme

En suivant la thèse de North, les travaux de Acemoglu établissent une relation entre la qualité des institutions dans le processus du développement économique pour permettre de comprendre la différence entre les niveaux de développement économique entre les nations. La qualité des institutions est, à ce sens, essentielle au développement économique sur le long terme. Les « bonnes institutions » sont celles qui permettent d’inciter les individus à la prise de risque et à l’innovation à travers la mise en place d’institution plus ou moins formelle protégeant la propriété privée (Acemoglu, Robinson, 2006).

La qualité des institutions est déterminée par une typologie établie par Acemoglu et validée dans ses derniers travaux (Acemoglu, Robinson, 2012). Cette typologie met en parallèle les règles ayant une capacité d’ « inclusion » des individus dans le processus d’élaboration des règles à travers la participation aux processus politiques et économiques et les règles ayant une volonté « extractive », c’est-à-dire cherchant à surexploiter le capital sur le court terme et excluant les différents acteurs des processus d’élaboration de règles permettant la participation aux processus politiques et économiques (Acemoglu, Robinson, 2006).

Ainsi, Acemoglu met en évidence le rôle déterminant des institutions politiques. Les institutions politiques doivent, en effet, mettre en place des règles « formelles » pour limiter la mise en place d’institutions privées avec une volonté extractives. Le problème sur le long terme des institutions ayant une volonté extractive est principalement autour de cette tendance observée par Acemoglu et Robinson (2006) à être opposé au changement. Ces institutions incitent peu à l’innovation et à la mise en place de règle formelle concernant le droit de propriété.

La différence entre les niveaux de développement économique est, par corolaire, directement en relation avec la capacité des institutions politiques à mettre en place des règles légales permettant d’encadrer les institutions privées afin d’éviter des règles extractives. La prospérité économique sur le long terme est le résultat de l’innovation institutionnelle et la mise en place de « bonnes institutions » politiques permettant une participation « inclusive » de la société aux processus politiques et économiques. Le lien entre « bonne institution » politique et institution démocratique est montré par Acemoglu puisque, d’après ses différents travaux, les institutions démocratiques remplissent les critères d’une « bonne institution » (Acemoglu, Robinson, 2006).

Tag(s) : #Café du commerce

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